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Les infections néonatales à Streptocoques B


Introduction
Les infections à Streptocoques B

Variation du portage

Prévention

Les tests de dépistage


INTRODUCTION

Le Streptocoque du groupe B (Streptococus agalactiae) représente en France la première cause de mortalité par infection bactérienne chez les nouveau-nés, provoquant pneumonies, septicémies ou méningites. Les infections à Streptocoques B (SGB) constituent donc un problème de santé publique. La mortalité liée à ces infections reste élevée (50 à 100 décès par an), et malgré l'antibiothérapie, 25 à 50% des enfants qui survivent gardent des séquelles neurologiques. Pourtant la majorité de ces infections pourraient être évitées par la mise en place d’une technique de dépistage efficace associée à une antibiothérapie perpartum.
 


LES INFECTIONS A STREPTOCOQUES B

En France, le taux de portage du Streptocoque du groupe B est de 10 à 15%. Cela représente 80 000 à 120 000 femmes enceintes qui sont porteuses du SGB chaque année. Cette colonisation a lieu au niveau vaginal et/ou rectal et peut être transitoire, continue ou intermittente.

Le taux de transmission de la mère colonisée au nouveau-né est de 50%. La transmission au nouveau-né peut se faire par colonisation directe in utero par voie ascendante, le plus souvent après rupture de la poche des eaux. Le nouveau-né peut aussi acquérir le SGB par contact ou inhalation du liquide amniotique lors du passage par les voies génitales.

La colonisation du nouveau-né reste souvent asymptomatique, mais se traduit dans environ 2% des cas par une infection. En France environ 800 cas d’infections néonatales à SGB sont dénombrées chaque année, provoquant entre 50 et 100 décès. Cela représente une incidence des infections néo-natales à SGB d’1 pour 1000, pour une mortalité de 5 à 15%.


Une infection précoce se traduit par une septicémie, apparaissant en moins de 24 heures et compliquée ou non de méningite. Certains facteurs augmentent le risque de transmission : fièvre, rupture prolongée des membranes, accouchement prématuré, antécédent d’une infection à SGB. Les infections tardives, survenant après le troisième jour, se traduisent souvent par des méningites et des arthrites.

Les infections néonatales à SGB sont par ailleurs associées à un coût élevé pour les établissements de santé : 4000-5000€ par infection, et jusqu’à 14 000€ pour les naissances prématurées (qui représentent les cas les plus graves d’infections).
Les indemnisations en gynécologie-obstétrique peuvent également s’élever jusqu’à 7 millions d’euros pour les enfants présentant les handicaps les plus graves, alors que les assureurs peuvent limiter leurs garanties à 3 millions d’euros (loi Kouchner du 4 mars 2002).

La mise en place d’une stratégie de prévention se révèle donc essentielle.
 


VARIATION DE PORTAGE

Chez le nouveau-né, la survenue d’une méningite ou d’une septicémie à SGB menace immédiatement le pronostic vital. Malgré le développement du dépistage systématique de la colonisation vaginale pendant la grossesse, les cas d’infections néonatales continuent d’être observés (dépistage insuffisant, faux négatifs).

Pour un dépistage prénatal, les valeurs prédictives sur la colonisation au moment de l’accouchement varient inversement avec le temps écoulé entre la réalisation du test et l’accouchement.

Une femme dont le résultat est positif entre la 34ème et la 38ème semaine peut ne plus être porteuse au moment de l’accouchement. Environ 20-31% des patients avec une culture positive lors du test ante-partum auront une culture négative au moment de l’accouchement (faux positif). On leur administre alors inutilement l’antibiotique.
Une femme dont le résultat est négatif entre la 34ème et la 38ème semaine peut être porteuse au moment de l’accouchement. 4-8% des patientes avec une culture ante-partum négative seront porteuses lors de l’accouchement (faux négatif).













Le dépistage systématique en place actuellement permet d’identifier entre 58 000 et 68 000 parturientes positives lors du dépistage et qui le seraient encore au moment de l’accouchement, et entre 690 000 et 720 000 parturientes négatives lors du dépistage et qui le seraient encore au moment de l’accouchement. Par contre entre 17 000 et 26 000 parturientes dépistées positives lors de la 34ème à 38ème semaine seraient négatives au moment de l’accouchement et recevraient de manière inutile un traitement antibiotique. Par ailleurs, entre 30 000 et 60 000 parturientes dépistées négatives seraient positives au moment de l’accouchement.

Ces données permettent de calculer une sensibilité de la méthode comprise entre 49% et 69%, avec une spécificité comprise entre 96% et 98%. De même, ces données permettent de calculer une Valeur Prédictive Positive comprise entre 69% et 80% et une Valeur Prédictive Négative comprise entre 92% et 96%.

Pour environ 47 000 à 86 000 femmes, le statut de portage du SGB varie donc entre la réalisation d'un test au 8ème mois et l'accouchement, d'où la nécessité de dépister au plus prêt de l'accouchement.
 


PREVENTION

La plupart des infections à SGB pourraient être évitées par :
        - un dépistage en fin de grossesse
        - associé à une antibioprophylaxie perpartum pour les femmes colonisées

Le dépistage anténatal des streptocoques B associé à une antibioprophylaxie per-partum (pendant l’accouchement, dès le début du travail si possible) constituent la méthode la plus efficace pour diminuer le taux d’infections chez les nouveau-nés. Le dépistage systématique du portage de Streptococcus agalactiae est recommandé en fin de grossesse entre 34 et 38 semaines d’aménorrhée (ANAES, 2001).

L’efficacité de l'antibioprophylaxie per-partum guidée par le résultat du dépistage réduit de 70 % le risque infectieux. En cas de portage, de rupture prématurée des membranes ou en absence de dépistage au cours de la grossesse, l’antibioprophylaxie repose sur la pénicilline G. L’ampicilline peut être utilisée comme alternative. En cas d’allergie à la pénicilline, on peut utiliser l'érythromycine ou la clindamycine après avoir réaliser un antibiogramme.

Pendant la grossesse, un traitement est peu efficace en raison du portage intermittent des SGB.
 


LES TESTS DE DEPISTAGE

La culture sur boîte de Pétri est la méthode généralement utilisée pour le dépistage de la colonisation à Streptocoques B. Plusieurs types de milieux existent. La culture sur gélose au sang repose sur l’expression de l’hémolyse béta des SGB. Elle nécessite un test de confirmation pour les colonies suspectées d’êtres des Streptocoques B (test d’agglutination au latex). Il existe également des milieux sélectifs. La culture est une méthode simple mais nécessite 24 à 48h avant d'obtenir les résultats. Elle est donc inadaptée pour les femmes dont le statut de portage est inconnu à leur arrivée à l'hôpital ou pour les cas de naissances prématurées.

Les SGB peuvent aussi être détectés par la production de l’antigène de Lancefield du groupe B qui leur est spécifique. Plusieurs tests d’agglutination au latex et des tests immunologiques existent. Ces tests ont l’avantage d’être rapides mais ne sont pas recommandés en raison de leur trop faible sensibilité.

Les tests de biologie moléculaire se sont également développés ces dernières années, pour permettre un dépistage rapide et fiable de la colonisation par les Streptocoques B. Face à la gravité des infections à SGB, il est en effet essentiel de mettre en place une méthode de dépistage à la fois sensible, rapide et simple à utiliser, permettant d’obtenir les résultats pendant l’accouchement. Les résultats sont en général obtenus en moins d’1 heure. Le dépistage peut ainsi se faire au plus prêt de l’accouchement, ce qui permet d’éviter les faux positifs et faux négatifs d’un test réalisé entre la 34ème et 38ème semaine.

 

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Institut Pasteur - Laboratoire associé au Centre National de Référence des Streptocoques

Van den Akker-van Marle et al - Cost-effectiveness of different treatment strategies with intrapartum antibiotic prophylaxis to prevent early-onset group B streptococcal disease, BJOG 2005, Vol. 112, pp. 820–826

ANAES - Prévention anténatale du risque infectieux bactérien néonatal précoce, 2001

Davis H. et al - Multicenter Study of a Rapid Molecular-Based Assay for the Diagnosis of Group B Streptococcus Colonization in Pregnant Women, Clinical Infectious Diseases 2004 ; 39:1129-35

Regan J. et al - Colonization with group B streptococci in pregnancy and adverse outcome, Am J Obstet Gynecol 1996 ; 174:1354-1360

Honest H. et al - Rapid Tests for Group B Streptococcus Colonization in Laboring Women: a systematic review, Pediatrics 2006 ; 117:1055-1066

Lejeune C et al - Infections néonatales précoces graves à streptocoque du groupe B: étude multicentrique rétrospective de l’incidence et des facteurs de risque, J Gynecol Obstet Biol Reprod. 1995 ; 24(6):644-50