L'histoire du diabète


Le diabète sucré était connu des anciens médecins des Indes. Le goût de miel des urines ayant été retrouvé dans un livre de Ceylan date de plus de trois cents ans. Ces textes montre que le diabète madu méhé (urine de miel) touchait les « personnes riches » par leur grande consommation de produits sucrés. Les signes de révélation du diagnostic sont d’ailleurs retrouvés : amaigrissement, fatigue, soif, urines abondantes.

La médecine chinoise raconte que les chiens dans la rue étaient attirés par des urines sucrées.

Dans l’antiquité gréco-romaine, Hippocrate, le père de la médecine, fait allusion à la polyurie mais pas au diabète. Il reconnaissait les diabétiques sur l’Agora au grand nombre d’abeilles qui voltigeaient autour des toges des anciens dont l’entrejambe était probablement imprégné de glucose.

Pour Gallien (129-201 après J.C.), le diabète est une maladie des reins, avec élimination par les urines, des boissons non altérées.

De nombreuses théories sont retrouvées ; diarrhée d’urines, incapacité à retenir les liquides absorbés.

A cette époque les traitements préconisés sont les vomitifs, les sudations par bains de vapeur, une saignée générale et une alimentation très nutritive composée d’aliments difficilement assimilables.

Dans de nombreuses  théories, les auteurs mettent en cause l’estomac, les reins, le foie, le sang.

Thomas Willis (1621-1675), médecin anglais, met en évidence au XVII ème siècle la présence de sucre dans l’urine des malades. « Elle était étonnamment douce, comme si elle contenait du sucre ou du miel » Le nom de « diabète » est déjà attribué à cette maladie. Thomas Willis différencie le diabète sucré (diabetes mellitus) du diabète insipide.

En étudiant la cause du diabète, il en vient à la conclusion que le diabète est une maladie du sang, le fluide sanguin ayant subi une véritable liquéfaction, la partie aqueuse s’échappe par les reins. D’autres humeurs sont amenées au sang qui se dessèche ce qui entraîne soif et amaigrissement.

D’après lui, cette maladie guérit si elle est prise à ses débuts, elle est rarement guérissable si le diagnostic est fait tardivement.

Willis conseille à ses patients de se nourrir de riz et de végétaux et de boire une décoction d’orge avec du lait. Il préconise également l’utilisation de l’eau de chaux.

XVIIIème siècle :

Le XVIIIème siècle est marqué par la découverte chimique de sucre dans les urines alors qu’elle n’avait été jusqu’alors que signalée.   

En 1776, Matthew Dobson (1745-1784), médecin anglais écrit que « la saveur douce de l’urine des diabétiques est due à la présence réelle de sucre ». Il réussit à préparer du sucre en faisant évaporer l’urine.

Il prouve aussi la présence de sucre dans le sang par la saveur douce du sérum des diabétiques, admettant le passage du sucre alimentaire dans le sang.

« Le premier cas de diabète sucré d’origine pancréatique que l’on trouve dans la littérature médicale remonte à 1788. Cawley, qui, pour la première fois reconnut la matière sucrée dans l’urine diabétique, publia alors dans « London medical journal » une observation de diabétique avec autopsie » écrit A.Lapierre dans sa thèse de médecine (1879)

Johann Peter Frank (1745-1821),  médecin autrichien distingue le « diabète sucré » ou « vrai » du « diabète insipide » ou « faux » et les formes aigues ou chroniques dans l’évolution de la maladie. « La fermentation alcoolique du sucre urinaire, qu’il obtint en y ajoutant de la levure, servit de test par la suite pour détecter le diabète »

John Rollo ( ?-1809), médecin écossais de la marine anglaise écrit les premières théories sur le diabète et explique sa pathogénie. Il souligne la nature métabolique et l’intérêt d’un régime alimentaire. Sa première observation sur le capitaine Meredith montra une augmentation de l’appétit puis s’ensuivit une sécheresse de la bouche et de la gorge entraînant une soif intense ; symptôme annonciateur du diabète. Pour la première fois un régime alimentaire très strict est prescrit à base de lait, d’eau de chaux, de pain, de boudin et de graisse de viande, la boisson est composée d’eau et de sulfure de potasse.
A ceci sont ajoutés des médicaments chimiques.

Dés le deuxième jour, la glycosurie diminua puis arrivèrent des symptômes révélant une affection de l’estomac et de violents maux de tête.

Suite à ses nombreuses observations, J. Rollo développe la théorie selon laquelle l’origine du diabète se situe dans l’estomac et provient d’une sécrétion exagérée de suc gastrique anormal. Le sucre formé dans le sang par l’absorption des végétaux, serait éliminé par les urines.

En comparant du sang d’une personne diabétique à du sang d’une personne non diabétique il a reconnu au sang diabétique la propriété de se conserver plus longtemps sans qu’apparaissent des signes de putréfaction.

Il remarque aussi l’odeur de pomme pourrie venant de l’haleine des personnes diabétiques.

Par de nombreuses expérimentations,  Rollo puis Nicolas et Gueudeville montrent la présence de sucre dans les urines.

Albrecht Von Haller (1708-1777) s’intéresse au tempérament des personnes et décrit le diabétique comme le musculeux dont le système musculaire prédomine sur le système sensitif. Intempérants, éprouvant une faim continuelle, ils seraient à la merci d’une « saignée copieuse » ou d’un « purgatif administré inconsidérément »

En 1806,Dupuytren et Thénard confirment la présence de sucre dans l’urine diabétique et la décrivent ainsi : « elle exhalait une odeur qui n’était pas désagréable ; elle était limpide sensiblement jaune, plus pesante que l’eau …légèrement sucrée, elle avait en même temps quelque chose du sel marin, … à la température de 15° Réaumur , elle se troublait dans l’espace de cinq à six jours ; il s’en dégageait des bulles d’acide carbonique pour peu qu’on l’agitât… elle offrait, dans un faible degré, tous les caractères d’une fermentation spiritueuse… »

Michel Eugène Chevreul (1786-1889) identifie en 1815 le sucre urinaire au sucre de raisin ou « glucose ».

XIXème siècle :

Au XIXème siècle, les recherches portent sur la présence de sucre dans le sang appelée plus tard par Claude Bernard « glycémie ».

William Hyde Wollaston (1766-1828) et Jean-André Rochoux (1787-1852) refusent d’admettre la présence de sucre dans le sang des diabétiques mais reconnaissent que le sérum de ce sang donne du sucre.

En 1835, Ambrosiani (Milan) trouve du sucre dans le sang d’un diabétique.

Mac Grégor soutient que le sucre se forme dans l’estomac des diabétiques.

William Prout (1785-1850) découvre le rôle de l’acide chlorhydrique dans le suc gastrique et la digestion. Il montre que l’amidon se transforme en sucre dans l’intestin. Il décrit le diabète comme une difficulté à assimiler les aliments sucrés, retient la glycosurie comme symptôme principal de la maladie. En 1840, il reconnaît le coma diabétique.

Thomas Watson, confirme que l’urine contient toujours de l’urée et de l’acide urique et que le sang a toujours une certaine quantité de glucose en présence de diabète ou non.
Il est le premier à découvrir une technique permettant de mesurer la quantité de glucose dans le sang. Une fois coagulé à la chaleur, le coagulat est ajouté à une solution aqueuse puis à la levure qui permet la fermentation alcoolique ; ainsi on détecte la quantité de glucose dans le sang.

Dans le dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (Tome XXVIII, 1883) E. Demange décrit le diabète : « …le sucre n’est plus considéré comme un produit absolument étranger à l’organisme ; il résulte, à l’état normal, des produits de la digestion, et pénètre ainsi dans le sang. Qu’un trouble survienne dans les fonctions digestives et assimilatrices, ce sucre va passer en trop grande quantité dans le sang, s’y accumuler et s’éliminer par l’urine en constituant le diabète sucré »

La thérapeutique du diabète à cette époque repose sur l’association de « végétaux de bon choix » et de « viandes nourrissantes et bien apprêtées » sans oublier les bons vins, les eaux minérales stomachiques, l’exercice, la respiration d’un air salubre, le séjour à la campagne.  Différentes préparations pouvaient être ajoutées aux conseils d’hygiène de vies : camphre, cachou, teinture de corail, eaux minérales ferrugineuses, ammoniac, acide sulfurique, nitrique, phosphorique …

Claude Bernard (1813-1878) grâce à ses recherches physiologiques montre que le diabète est une perturbation fonctionnelle.

Il découvre la fonction glycogénique du foie (réserve de glycogène) et présente les premières données du métabolisme des hydrates de carbone.

Partant du principe que le sucre n’est pas fabriqué par les animaux, le glucose présent dans le corps est donc apporté par la nourriture.

Magendie découvre la présence de sucre dans le sang d’un chien non diabétique après ingestion d’amidon. En 1848, Claude Bernard  et  Charles-Louis-Arthur Barreswil montre que le sucre peut être présent dans le foie d’un chien malgré un régime alimentaire strict composé de viande et sans produit sucré. Enfin, il prouve par des expériences sur le cerveau de lapin que le système nerveux contrôle la production de sucre chez les mammifères.

Il compléte ses expériences en analysant le sang avant le passage dans le foie et après ; il prouve ainsi que le sucre provient du foie ; celui-ci ayant deux fonctions : la sécrétion externe déversant la bile produite à l’extérieur et la sécrétion interne formant le sucre libéré dans la circulation générale.

Claude Bernard écrit en 1877 : «  la glycémie est indépendante de l’alimentation ; elle est un phénomène normal et constant de l’organisme à l’état de santé »
Pour lui, l’origine du diabète se situe au niveau du système nerveux central et est dû à une perturbation de la fonction du foie. Il ignore la fonction endocrine du pancréas tout en sachant que le suc pancréatique peut changer l’amidon en sucre.

Apollinaire Bouchardat (1809-1886) s’intéresse particulièrement au traitement diététique sans amidon. Par ses expériences, il étudie la « diastase » présente dans l’estomac des diabétiques à partir des vomissements. Il avance donc la théorie inspirée de Rollo selon laquelle le diabète a son origine dans l’estomac où l’amidon est transformé en glucose qui passe dans le sang et provoque l’hyperglycémie et la glycosurie. Il recommande une alimentation modérée et une activité physique régulière.

Les conseils alimentaires sont de substituer les graisses aux hydrates de carbone, de consommer de l’alcool, bonne source de calories, d’éviter le lait trop riche en lactose 
Il écrit un ouvrage sur les recommandations diététiques : « De la glycosurie ou diabète sucré » dans lequel il liste les aliments défendus ou permis sur dix-sept pages.

Etienne Lancereaux (1829-1910) constate une relation entre le diabète et une altération du pancréas à l’autopsie à partir de quatre observations de diabétiques ayant présenté les symptômes du diabète.

Il est le premier à décrire les deux formes de la maladie : le diabète gras et le diabète maigre entraînant des lésions anatomiques graves.

Charles Bouchard (1837-1915) analyse les urines et dit «  c’est l’azoturie surtout qui fait la gravité du diabète » , « Il n’y a qu’un diabète avec glycosurie, compliqué ou non d’azoturie »

Frederick William Pavy (1829-1916) élève de Claude Bernard met en évidence la relation quantitative entre l’hyperglycémie et la glycosurie. Il reste persuadé que la glycosurie peut disparaître avec un régime strict.

Frederick Madison Allen (1879-1964) introduit le « traitement par inanisation » suivi d’un régime de sous-alimentation. Il amène alors l’idée que le diabète est dû à une hypoactivité pancréatique.
Les régimes antidiabétiques essayés alors suivent des proportions variables d’hydrates de carbone, de protéines et de graisses.

Elias Rojas s’intéresse au diabète chez l’enfant, qui est rare. Il constate une prédisposition héréditaire se manifestant chez les ascendants. Le diabète de l’enfant est toujours maigre, d’une gravité sévère dont le seul traitement est un régime alimentaire.

Sources : d’après Histoire illustrée du diabète de l’antiquité à nos jours  Jean-Jacques Peumery - Editions Roger Dacosta Paris
Mise à jour 30/03/2009